Deseducarse para aprender: elecciones por sorteo en la historia medieval

La simplificación histórica y el eurocentrismo son males que han aquejado mi formación reglada preuniversitaria, y que por espíritu autodidacta y movido por la chispa de la curiosidad he tratado de remediar con el paso de los años.

  • Europa ante el espejo (Josep Fontana, 2000) y un historiograma que adquirí frente al castillo del Papa Luna en Peñíscola, allá cuando tenía 18 o 19 años, me abrieron los ojos a una pluralidad de confesiones cristianas orientales que habían sobrevivido hasta nuestro presente (nestorianos, armenios, coptos, siríacos, caldeos…) y que habían tenido un importante papel en la historia de toda Asia. Ni mis clases de religión en la enseñanza obligatoria ni los años que asistí a la parroquia de mi barrio me ofrecieron antes este conocimiento que considero tan valioso.
  • Armas, Gérmenes y Acero (Jared Diamond, 1997), la información sobre los haplogrupos que ofrece la web Eupedia y varios artículos recientes sobre la evolución humana me han aportado argumentos científicos para rechazar los conceptos de raza y superioridad innata de unos pueblos sobre otros que, lo siento, la enseñanza obligatoria nunca me supo dar.
  • El Manual de Historia del Derecho Español (Francisco Tomás y Valiente, 1979 [4ª edición de 1983]), el libro Els valencians, des de quan són valencians (Vicent Baydal, 2016) y varios artículos me sirvieron para borrar de mi mente la idea simplona con que se despachan los libros de texto de secundaria sobre la sociedad estamental europea de la Edad Media y el Antiguo Régimen: ni hubo reyes y señores feudales en todas partes, ni los nobles estuvieron exentos de pagar impuestos en todos los reinos. Las monarquías absolutas y el centralismo no fueron de ningún modo elementos imprescindibles para el afianzamiento del estado moderno como paso previo a las revoluciones liberales, aunque esta impresión parece venderse bien (leí en 2014 un artículo, creo que de El País, cuyo autor defendía precisamente esta línea; pero no consigo hallarlo).

europa-republicana-premoderna

Desde los 13 años me ha interesado la política y el funcionamiento de las instituciones. He estudiado derecho y ciencias políticas precisamente por eso, así como unas oposiciones en las que se tratan estas materias bien a fondo. En todas estas ocasiones he bebido la idea de distinguir entre democracia directa y democracia representativa tomando como únicos fundamentos para justificar la segunda el tamaño de la comunidad y la complejidad de los asuntos modernos. Sin embargo, la lectura de «Contre les élections», un libro de Van Reybrouck, me ha arrojado estas tres ideas:

  1. Que la distinción conceptual entre democracia directa y democracia representativa es incorrecta y confusa, pues mezcla la contraposición entre la democracia ateniense y los sistemas representativos contemporáneos con la utilización de fórmulas de participación directa como las consultas populares y el concejo abierto.
  2. Que lo idóneo sería distinguir entre democracia electiva (la actual) y democracia aleatoria o por sorteo (la ateniense).
  3. Que la historia del municipalismo europeo ofrece muchos ejemplos de sistemas no autoritarios en tiempos preliberales. Incluyo a continuación unos extractos en relación con esta idea. A mí el contenido me parece interesantísimo, y por eso aprovecho esta nota para compartirlo.

«Ces dernières années, le monde universitaire a montré un intérêt croissant pour l’histoire de notre système [politique] actuel. C’est le politologue français Bernard Manin qui a ouvert la voie en 1995 avec son ouvrage Principes du gouvernement représentatif. La première phrase du livre, à elle seule, faisait l’effet d’une bombe:

Les démocraties contemporaines sont issues d’une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie. [Clicar aquí para ver un vídeo que explica esta afirmación entre los tiempos 9:10 y 10:18]

[…] Dans le sillage de la brillante étude de Manin, plusieurs études novatrices ont vu le jour ces dernières années. Ce qu’elles montrent, c’est que notre démocratie actuelle n’est au fond que la résultante d’un concours de circonstances fortuit au cours des deux derniers siècles. Elles portent un regard rafraîchissant sur les siècles antérieurs, ne fût-ce que pour montrer que d’autres formes de démocratie ont pu exister dans le passé.

[…] À Venise comme à Florence, on recourait au tirage au sort, mais de façon totalement différente. À Venise, on s’en servit durant des siècles pour la désignation du chef de l’État, le doge (de duce, “duc”). La République vénitienne n’était pas une démocratie, mais une oligarchie dirigée par quelques familles aristocratiques puissantes: l’appareil gouvernemental était entre les mains de quelques centaines à quelques milliers d’aristocrates, représentant un pour cent seulement de la population totale. Un quart à un tiers d’entre eux occupaient à peu près toutes les fonctions officielles. Si l’on devenait doge, on le restait jusqu’à sa mort, mais à la différence d’une monarchie, la fonction n’était pas héréditaire. Pour évite les frictions entre les familles concernées, on a fait appel au tirage au sort dans la désignation du nouveau doge, mais pour être sûr d’avoir une personne compétente à la tête de l’État insulaire, on a mêlé à cette procédure des élections. Le résultat était un processus incroyablement complexe qui durait cinq jours et se déroulait en dix phases.

Il commençait au Grand Conseil (Consiglio Generale), où siégeaient 500 membres de la noblesse (leur nombre n’a cessé de s’accroître à partir du XIVe siècle). Chacun d’eux déposait dans une urne une petite boule de bois appelée ballotta, où était inscrit son nom, tandis que le plus jeune membre du Conseil quittait la salle de réunion pour la basilique Saint-Marc, où il abordait le premier garçonnet âgé de huit à dix ans qu’il rencontrait. Ce jeune garçon était admis à rejoindre les conseillers réunis en conclave et se voyait confier le rôle de ballottino, “petit tireur de balles”. Cette main enfantine innocente tirait les noms de 30 participants à la réunion, sélection ramenée ensuite à 9 par un second tirage. Ces 9 personnes formaient le premier collège électoral. Elles avaient pour tâche d’étoffer leur groupe jusqu’à atteindre un effectif de 40, ce qui s’effectuait par un vote à la majorité qualifiée —en realité, une forme de cooptation. À leur tour, les 40 étaient réduits par tirage au sort au nombre de 12, et ceux-ci votaient ensuite jusqu’à se retrouver à 25. Ce manège se prolongeait un certain temps: le collège électoral se trouvait chaque fois réduit par tirage, puis augmenté par vote, les méthodes aléatoire et électorale étant sans cesse employées en alternance. Au neuvième et avant-dernier tour, le collège comportait 41 membres. Ceux-ci entraient en conclave pour procéder à l’élection finale du doge.

Le système vénitien paraît ridiculement compliqué, mais des chercheurs en informatique ont montré récemment tout l’intérêt de ce protocole d’élection d’un dirigeant: il permettait effectivement aux candidats les plus populaires de gagner, tout en donnant leur chance aux minorités et en corrigeant les effets de la vénalité de certains électeurs. En outre, il contribuait à pousser en avant des candidats de compromis en mettant en lumière de petits atouts. Tout cela renforçait la légitimité et l’efficacité du chef nouvellement désigné. En tout cas, les historiens s’accordent à attribuer en partie à l’ingénieux système des ballotte la stabilité exceptionnellement longue de la république de Venise, qui dura plus de cinq siècles jusqu’à ce que Napoléon y mît fin. Sans le tirage au sort, la République eût sans aucun doute succombé beaucoup plus tôt aux querelles entre les familles dominantes. […]

À Florence, les choses se passaient autrement. Le tirage au sort y était connu sous la forme du système de l’imborsazione, “mise en sac” ou “mise en urne”. Ici aussi, le but était d’éviter les conflits entre divers groupes d’intérêts rivaux au sein de la cité, mais les Florentins allaient à cet égard beaucoup plus loin que les Vénitiens. Ce n’était pas tant la fonction du chef de l’État, mais à peu près toutes les tâches administratives et les charges de gestion publique qu’ils entendaient répartir par le sort. Si Venise était une république de familles patriciennes, Florence était une république dominée par la haute bourgeoisie et les puissantes corporations. Comme dans l’ancienne Athènes, les principales institutions étaient occupées par des citoyens tirés au sort: le gouvernement (la “Seigneurie”), le Conseil législatif et les commissaires du gouvernement. La Seigneurie était, tout comme le Conseil des Cinq-Cents à Athènes, l’instance exécutive suprême, chargée de la politique étrangère, du contrôle administratif et même de la préparation des textes de loi.

À la différence d’Athènes, cependant, les citoyens n’avaient pas le droit de se présenter de leur propre initiative, ils devaient être proposés par leur guilde, leur famille ou une autre organisation, on les appelait alors nominati. Ensuite avait lieu une deuxième sélection: par son vote, une commission de citadins à la composition variée déterminait qui pouvait être retenu pour exercer les fonctions administratives. Alors seulement suivait la trata, “le tirage” au sort. Ultérieurement on éliminait les noms de ceux qui, par exemple, avaient déjà exercé un mandat ou été frappés d’une condamnation. Le processus comportait donc quatre étapes: proposition, vote, tirage au sort, élimination. Tout comme à Athènes, le cumul des fonctions était interdit et l’on devait se retirer au bout d’un an. Et tout comme à Athènes, ce système assurait une forte participation de la population: pas moins de 75 pour cent des citoyens faisaient l’objet d’une proposition. Les nominati ignoraient s’ils avaient franchi ou non le barrage de la deuxième sélection: la liste était secrète. Si l’on n’était pas appelé à exercer l’une des fonctions publiques —il y en avait quelques milliers—, cela pouvait venir du tirage au sort aussi bien que du vote.

Tandis que le modèle vénitien était repris dans des villes telles que Parme, Ivrée, Brescia et Bologne, le système florentin était appliqué, de son côté, à Orvieto, Sienne, Pistoia, Pérouse et Lucques. Des contacts commerciaux nombreux et florissants l’amenèrent même jusqu’à Francfort. Dans la péninsule Ibérique, plusieurs villes du royaume d’Aragon adoptèrent la procédure, comme Lérida (1386), Saragosse (1443), Gérone (1457) et Barcelone (1498). Le tirage au sort y reçut le nom d’insaculación, littéralement la “mise en sac”, traduction espagnole d’imborsazione. Ici encore, cette pratique avait pour but de favoriser la stabilité en garantissant une répartition impartiale de la puissance publique. La question de savoir qui aurait le privilège d’exercer un mandat de la cité ou de la commune, de siéger au collège électoral, ne faisait plus l’objet de disputes continuelles, mais était tranchée rapidement et en toute neutralité. Les déçus pouvaient se consoler en se disant qu’ils auraient rapidement une nouvelle chance: comme à Athènes et à Florence, les fonctions attribuées par tirage au sort ne pouvaient être occupées plus d’un an. Cette rapidité de rotation renforçait naturellement le degré d’implication des citoyens. Dans l’autre grand royaume d’Espagne, la Castille, le tirage au sort existait dans les régions de Murcie, de la Manche et de l’Estrémadure. Après avoir rattaché en 1492 la Castille à son royaume d’Aragon, le roi Ferdinand II devait déclarer:

Par expérience, on voit que les régimes dits du sort et du sac, dans les cités et dans les villes, favorisent davantage la vie bonne, une administration et un régime sains que les régimes qui se fondent à l’inverse sur l’élection. Ils sont plus unis et plus égaux, plus pacifiques et plus détachés des passions.»

La democracia representativa se resiente nuevamente, esta vez también al otro lado del Atlántico Norte: los partidos tradicionales se tambalean, los populismos de todo signo se extienden, la abstención aumenta, la soberanía financiera de las naciones se difumina y las instituciones cada vez parecen más desacreditadas. Nos asomamos al abismo de la historia una vez más. Y este librito, al menos, trata de ofrecer una solución para el futuro.

Castellón de la Plana, 30 de octubre de 2016.

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