Doit-on devenir fasciste?

Il y a quelques années j’ai écrit une feuille de vie sur les changements de mes pensées politiques depuis la jeunesse. Dans ce texte je parlais de mon rapprochement aux idéologies de l’État total et des démocraties organiques quand j’avais 23 ans. Alors, j’étais intéressé par des philosophies orientales au regard de la dissolution de l’individualité, ainsi que par le phénomène de l’émergence dans la nature. D’un autre côté, le succès des mouvements fascistes dans l’entre-deux-guerres et la persécution des phalangistes dissidents par le régime franquiste étaient des sujets qui attiraient mon attention — quelques ans plus tard j’ai assisté à la présentation du livre Los enamorados de la revolución. La Falange y la C.N.T. en la II República, peut-être un des actes les plus subversifs et à contre-courant de ma vie —.

Toutefois, ce que je veux exprimer dans cette note n’est pas lié au dernier paragraphe. Regardez cette vidéo. Le fascisme pourquoi est-il le vent qui souffle aujourd’hui dans les sociétés européennes? Les pays de l’Europe occidentale et centrale ont vécu le recul de l’état de bien-être et une immigration intensifiée dans la dernière moitié de siècle, tendances sociales auxquelles la gauche traditionnelle n’a pas su y faire face selon la plupart des citoyens. Les chiffres données par les résultats électoraux sont incontestables: les partis communistes ont disparu et la social-démocratie, en ayant renoncé à ses principes initiaux auprès de l’actuel contexte de mondialisation, n’a été pas capable d’offrir aucune alternative à ce temps d’incertitudes dont on sent que rien n’est plus permanent.

À l’aube du XXIème siècle les liens de solidarité dans les communautés de voisinage semblent s’être dissous. Les nouvelles technologies et les exigences du monde du travail ont affaibli les rapports familiaux et intergénérationnels: les enfants grandissent seuls et les personnes âgées meurent dans la solitude; la chaîne transmettant des valeurs s’est brisée. La méfiance et l’isolement pullulent dans les grandes villes: les jeunes urbains chassent pokémons, ils marchent toujours en portant des écouteurs et ils préfèrent acheter de la viande emballé dans le supermarché plutôt que parler avec un boucher de quartier. En outre, la vie moderne à amené l’infécondité des autochtones, un symptôme du déclin social que l’historien allemand Oswald Spengler avait déjà prévu il y a près d’un siècle.

Des communautés d’étrangers se sont installées dans les villes en même temps. C’est un phénomène récent en Espagne, mais dans d’autres pays européens on cohabite avec la troisième et la quatrième génération des gens d’outre-mer qui y arrivèrent pendant la période de la décolonisation ou celle de la reconstruction après la guerre. Les cas de pleine intégration sont innombrables, mais il est aussi vrai que des ghettos d’immigrés et ses descendants se sont formés dans les banlieues des grandes villes. N’oublions pas que plusieurs des combattants de Daesh ont été jeunes possédant la nationalité d’États européens, ce qui reflète l’échec des politiques d’intégration mises en œuvre et la crise d’identité parmi les fils des immigrés de culture islamique.

Dans le XIXème siècle les Anglo-saxons introduisirent des populations chinoises dans les États-Unis pour la construction des chemins de fer, ainsi que des communautés hindoues dans les Caraïbes et le sud-est de l’Afrique. Les grandes villes du monde anglophone ont été les premières à reproduire la diversité nationale et culturale de ses habitants dans quartiers séparés: ils sont aujourd’hui connus sous les noms de Little Jamaica, China Town, Little Italy, etc. Cependant, le multiculturalisme urbain avait été déjà connu pendant d’autres périodes: dans le Berlin de Frédéric Ier de Prusse le français commença à y être la langue la plus parlée; l’actuel quartier stambouilote de Beyoğlu fut autrefois connu sous le nom de Pera et peuplé par des commerçants génois; Abdelwahhab, le fondateur de la doctrine wahhabite sur laquelle se sont basés les mouvements salafistes, s’horrifia par la diversité de peuples et d’idées, les lumières et le boucan de la cosmopolite ville de Bassora au début du XVIIIème siècle.

Dans l’Europe occidentale de nos jours on est habitué à payer par un lahmacun le même prix que par un döner kebab — c’est une escroquerie pour un turc! —, à préparer de l’houmous pour ses invités, à dîner dans un restaurant hindou ou à acheter des soupes instantanées dans une épicerie asiatique. C’est ainsi, à mon sens, qu’on a conjugué le rythme stressant du travail dans la ville avec la pensée de se sentir vraiment cosmopolite. La gentrification des quartiers anciens, la prolifération de franchises dans l’industrie de la restauration et l’invasion des espaces publics par la publicité sont des autres éléments aliénants que la mondialisation capitaliste a introduit dans n’importe quelle grande ville.

Tout ceci était-il nécessaire pour le progrès et le développement économique des pays européens? La mondialisation a ouvert les marchés et réduit les prix en raison des avantages comparatifs du libre-échange, mais elle a aussi baissé les salaires et affaibli la souveraineté financière des États parce qu’il n’y a pas eu la volonté politique de combattre l’evasion fiscale. Dans le cas de l’Union Européenne, les États ont donné priorité à l’intégration économique et monétaire tandis qu’ils ont oublié d’harmoniser les politiques sociales et fiscales.

Quelle a été la réponse de la gauche face à ce scénario? Au lieu d’analyser et attaquer les causes des mouvements migratoires et de l’inégalité dans le monde, elle s’est placée du côté de la droite libérale pour protéger et subventionner les produits de ses agriculteurs, continuer à financer les élites corrompues et extractives des pays du tiers monde et approfondir la déréglementation du marché du travail, la privatisation des entreprises publiques rentables et la libéralisation des marchés financiers. Tout cela a coïncidé depuis les années 1970 avec l’intensification du phénomène migratoire et des crises économiques successives. C’est une idée que je veux souligner: tandis que la social-démocratie a défendu parfois une politique d’immigration ouverte pour se distinguer du centre-droite, l’extrême droite a identifié le déclin économique et la dégradation des services publics avec l’immigration et le multiculturalisme. Et cette stratégie a fonctionné. Ceux qui la combattent — souvent en faisant preuve d’une supériorité morale et intelectuelle contre-productive — ne peuvent pas offrir aucune autre alternative économique, et par cette raison ils sont condamnés à l’insignifiance.

La gauche en général, et non pas uniquement la social-démocratie, s’est enveloppée dans le drapeau du “progressisme” pour accueillir les mouvements du féminisme, des droits du collectif LGTB, de l’écologisme et, plus récemment, celui de la défense des animaux. Mais cela ne suffit pas. Si les préoccupations alternatives aux propositions de l’extrême droite que les électeurs écoutent de la gauche continuent à être seulement le véganisme, l’interdiction des corridas, le langage non sexiste et l’ouverture des frontières, je crois que le combat politique futur ne sera plus entre les catégories de la gauche et la droite, mais entre le libéralisme et le fascisme.

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Si Marine Le Pen vainc les prochaines élections présidentielles, les sièges permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies seront les plus paritaires de l’histoire (captez l’ironie).

Castellón de la Plana, le 12 novembre 2016.

C’est la première fois depuis de nombreuses années que j’écris une note en français et je suis sûr qu’il doit y avoir des erreurs. Si vous en trouvez aucune, n’hésitez pas à me les corriger.

 

ADDENDVM

Je viens de lire cet article de Vox, un média libertaire des États-Unis: This philosopher predicted Trump’s rise in 1998 — and he has another warning for the left. La première partie, qui m’a fait beaucoup de plaisir, résume la pensée du philosophe Richard Rorty sur le processus qui a conduit la gauche américaine vers le suicide. Certains paragraphes méritent d’être soulignés:

“I propose to use the term reformist Left,” Rorty wrote, “to cover all those Americans who, between 1900 and 1964, struggled within the framework of constitutional democracy to protect the weak from the strong.” […]

Before the 1960s, the American left was largely reformist in its orientation to politics. Think of the people who engineered the New Deal or the Ivy-educated technocrats that joined Kennedy in the White House. […] What united them was a devotion to pragmatic reform; there were no purity tests, no totalizing calls for revolution […].

This spirit of pragmatism held the American left together until the 1960s. The focus was on improving the material conditions of Americans by winning elections and appealing to national pride. Economic justice was considered a precursor to social justice. If the system could be made to work for everyone, if you could lift more people out of poverty, socio-cultural progress would naturally follow. Or at least that was the idea.

The focus of leftist politics changed in the 1960s. For Rorty, the left ceased to be political and instead became a cultural movement. The prevailing view was that it was no longer possible to promote equality and social justice within the system. […]

There was a shift away from economics towards a “politics of difference” or “identity” or “recognition.” If the intellectual locus of pre-’60s leftism was social science departments, it was now literature and philosophy departments. And the focus was no longer on advancing alternatives to a market economy or on the proper balance between political freedom and economic liberalism. Now the focus was on the cultural status of traditionally marginalized groups.

In many ways, this was a good thing. The economic determinism of the pre-’60s left was embarrassingly myopic. Most of the gains made by the left in the early and mid-20th century went to white males. “The situation of African-Americans was deplored,” as Rorty notes, “but not changed by this predominantly white Left.” The plight of minorities and gay Americans and other oppressed groups was an afterthought. This was a moral failure the cultural left sought to correct. […]

The pivot away from politics toward culture spawned academic fields like women and gender studies, African-American studies, Hispanic-American studies, LGBTQ studies, and so on. […]

Rorty doesn’t object to these aims; indeed, he (rightly) celebrated them. The cultural left succeeded in making America a better, more civilized country. The problem, though, is that that progress came at a price. […] “During the same period in which socially accepted sadism diminished, economic inequality and economic insecurity have steadily increased. It’s as if the American Left could not handle more than one initiative at a time — as if it either had to ignore stigma in order to concentrate on money, or vice versa.”

The left’s focus on cultural issues created an opening for the populist right, for people like Pat Buchanan and Donald Trump, who galvanize support among the white working class by exploiting racial resentment and economic anxiety. Rorty explains:

While the Left’s back was turned, the bourgeoisification of the white proletariat which began in WWII and continued up through the Vietnam War has been halted, and the process has gone into reverse. America is now proletarianizing its bourgeoisie, and this process is likely to culminate in bottom-up revolt, of the sort [Pat] Buchanan hopes to foment.

[…] By divorcing itself from class and labor issues, the left lost sight of its economic agenda and waged a culture war that empowers the right and has done little to improve the lives of the very people it seeks to defend. […]

Big business benefits most from the culture wars. If the left and the right are quarreling over religion or race or same-sex marriage, nothing much changes, or nothing that impacts wealth concentration changes. Rorty is particularly hard on Presidents Jimmy Carter and Bill Clinton, both of whom he accuses of retreating “from any mention of redistribution” and of “moving into a sterile vacuum called the center.” The Democratic Party, under this model, has grown terrified of redistributionist economics […].

Rorty’s concern was not that the left cared too much about race relations or discrimination (it should care about these things); rather, he warned that it stopped doing the hard work of liberal democratic politics. He worried that it’s retreat into academia, into theory and away from the concrete, would prove politically disastrous.

One thing that is very likely to happen is that the gains made in the past forty years by black and brown Americans, and by homosexuals, will be wiped out. Jocular contempt for women will come back into fashion. The words ‘nigger’ and ‘kike’ will once again be heard in the workplace. All the sadism which the academic Left has tried to make unacceptable to its students will come flooding back. All the resentment which badly educated Americans feel about having their manners dictated to them by college graduates will find an outlet.

Ces idées coïncident avec l’argumentation donné par le politologue franco-espagnol Jorge Verstrynge. Dans cette vidéo, notamment entre les temps 27:35 et 31:02, il affirme que l’échec du mouvement de mai 68 a changé le sujet et l’objet auxquels l’action politique de la gauche française a été adressée: ils ne seraient plus l’ouvrier et l’économie mais surtout l’immigrant et son intégration dans une société tolérante et multiculturelle.

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